J’ai été feignant.

J’ai été un homme feignant.

J’ai été protégé. Toutes les femmes qui ont jalonné ma vie m’ont entouré, aimé, protégé. Et puis, pour mes amoureuses, le jour ou elles n’en pouvaient plus, elles partaient.

Je n’ai pas à les blâmer. L’année dernière, j’ai pris un énorme pain. J’ai été abandonné, sans comprendre pourquoi. Il m’a fallu une année complète pour enfin ouvrir les yeux. Il m’a fallu rencontrer une femme puissante, qui n’a pas peur des vérités crues, pour dégager l’énorme couche de crasse qui me bouchait la vue.

Parce que le plus gros problème auquel je devais faire face était celui qui a le pouvoir d’autoprotection le plus fort. Mon égo. Le principe, avec l’égo, c’est qu’il est dur à atteindre. Il renvoie les balles avec une facilité déconcertante. Pour chaque chose, chaque morceau d’information difficile à avaler, il existe un moyen d’esquiver ou de retourner à l’envoyeuse.

En rencontrant ma chérie, Emmanuelle, j’étais dans une dynamique de compréhension. J’ai fait un vœu : ne pas nier sa réalité, sa perception. Je n’ai pas toujours réussi, mais j’ai gardé la ligne. Grand bien m’en fasse. J’ai aussi décidé de vérifier si j’étais en sucre. Si je m’effondrais à tous les ponts que je devais traverser. La colère, la jalousie, le déni… Ça n’a pas été une partie facile, mais aujourd’hui j’en savoure les fruits.

Et j’ai découvert un truc important. J’ai été tellement protégé, tellement placé dans mon cocon de supériorité (homme blanc, valide, dans la norme physique, cis, hétéro, tout est coché), que j’ai été aveugle aux turpitudes de ceux et celles pour qui ce n’est pas aussi facile. Et j’ai nié ces réalités quand elles me faisaient face. Je renvoyais la violence et la colère dans les dents de celles qui avaient l’outrecuidance de m’en faire part.

Et j’ai découvert la souffrance. J’ai été protégé de la souffrance. Non pas que je m’effondrais face aux difficultés, mais j’avais (et j’ai toujours) des stratégies d’évitement, de renvoi de fautes. Cette année, j’ai décidé de la vivre. Pas de la vivre de manière masochiste, en me torturant de (dé)plaisir, mais de la vivre pour la forger, pour en faire un outil de compréhension, d’empathie, pour saisir la réalité de l’autre. Parce que j’ai trouvé une manière de comprendre la souffrance de l’autre. C’est de la goûter soi même.

Emmanuelle, pourtant d’une force incroyable, a fait face à un problème que j’ai souvent constaté, rétrospectivement : une vraie difficulté à dire les choses sans ambages, sans ménagement. Il a aussi fallu que je l’y pousse, que je lui dise noir sur blanc que je voulais l’entendre. C’était difficile parce qu’elle, et à mon humble avis beaucoup d’autres, voyaient un ego fragile et boursouflé, qui allait soit s’effondrer, soit renvoyer de la violence.

Et ce n’est pas pour rien. C’était vrai. Je me suis transformé en petit garçon blessé à beaucoup de reprises. Confronté à ma jalousie, à mon inaction, à mes peurs, je me roulais en boule dans un coin de la pièce. Plutôt que d’encaisser avec amour et compréhension, je me retournais sur mon ego blessé.

Je ne veux pas abandonner mon ego. Il est utile, il est de la confiance, il est aussi cette étincelle qui pousse à faire de belles choses. Mais je ne veux pas le ménager non plus. Je veux le confronter à ce qui est difficile, aux autres réalités, et surtout, surtout, ne pas le faire passer en première position dès que les crises démarrent.

Pour les femmes qui se reconnaîtront dans ce que j’ai dis : dîtes les choses aux hommes, même si elles font mal. Arrêtez de les traiter comme des petits garçons. Arrêtez de les protéger, et acceptez le processus d’essai/erreur, sans les juger. Je parlerai pour moi en disant que ce n’est pas qu’avec des bisous et de l’attention que je me sens obligé de me dépasser, de m’adapter. C’est aussi, des fois, avec un bon coup de pied au cul.

Pour les hommes qui se reconnaîtront dans ce que j’ai dis : arrêtez de tout prendre personnellement. Vous allez vous prendre des beignes. Commencez par arrêter de les renvoyer, ou de dramatiser. Apprenez à les recevoir de manière constructive, comme étapes d’une transformation nécessaire.

Le cours pour hommes que nous vous proposons n’est pas un petit sentier de campagne, que l’on arpente le dimanche avec une brindille dans la bouche. C’est une danse autour d’un volcan.

Venez danser (et ramenez des bonnes pompes).

Ronan

Cet article a 2 commentaires

  1. Guillaume

    Article intéressant. Je m’attendais à l’inverse dans l’expression, du fait de ma propre expérience. J’ai surtout l’impression que ma fénéantise se manifeste dans ma passivité, dans mon choix répété à ne pas dire les choses, à préférer la paix sociale plutôt que d’exprimer ce qui est vivant pour moi. Bon en fait ça se téléscope car je me retrouve aussi dans le schéma de me recroqueviller dans mon coin quand elle me dit quelque chose qui me dérange (je me lâche la grappe d’ailleurs avec ça, si je me recroqueville c’est que je me sens en danger, et l’important sur le moment est de me rassurer), mais de mon expérience c’était plutôt elle qui exprimait tout ce qu’elle vivait et moi qui ne disait pas grand chose.
    Aujourd’hui j’ai l’impression que les deux paragraphes qui commencent pas « Pour les femmes » et « Pour les hommes » pourraient être inversés :
    Pour les hommes qui se reconnaîtront dans ce que j’ai dis : dîtes les choses aux femmes, même si elles font mal. Arrêtez de les traiter comme des petites filles. Arrêtez de les protéger, et acceptez le processus d’essai/erreur, sans les juger. Je parlerai pour moi en disant que ce n’est pas qu’avec des bisous et de l’attention que je me sens obligé de me dépasser, de m’adapter. C’est aussi, des fois, avec un bon coup de pied au cul.
    Pour les femmes qui se reconnaîtront dans ce que j’ai dis : arrêtez de tout prendre personnellement. Vous allez vous prendre des beignes. Commencez par arrêter de les renvoyer, ou de dramatiser. Apprenez à les recevoir de manière constructive, comme étapes d’une transformation nécessaire.
    Et donc fin mot de l’histoire : je me demande dans quelle mesure il s’agit d’une dynamique homme-femme plutôt qu’une dynamique humaine qui n’a de genrée que ce que chacun prend comme attribut de genre.

    1. Ronan Cavenne

      Bonjour Guillaume,

      Merci pour ce commentaire.

      Je suis d’accord sur le fait que les paragraphes pourraient être inversés, et qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une dynamique de genre. L’article s’inscrit dans le cadre du cours pour hommes, et je voulais y apporter mon témoignage, et donc des réactions que j’ai pu avoir.

      Les parcours ne sont pas tous les mêmes (ni les façons de réagir d’ailleurs), même si je trouve que les réponses passives ou agressives (ou les deux en même temps) sont celles que j’ai le plus notées. Non que je les juge, même si je trouve intéressant de faire un pas de coté, pour alléger la charge et justement dédramatiser. Pas toujours facile, des fois ça foire, c’est d’ailleurs bien de ne pas se mettre la pression encore plus dans ces moments là (en avoir honte etc).

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