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Désir et sécurité

Désir & sécurité

Désir et Sécurité : Comment trouver l’équilibre ?

J’ai trouvé cette question sur facebook et je me suis permise de la formuler et d’y répondre dans cet article :
Question :
Esther Perel explique qu’un couple est soumis à deux forces opposées : la sécurité et le désir.
Or, la sécurité n’est pas propice au désir…
Alors, comment cultiver le désir sans perdre la sécurité ?
Comment avoir le meilleur des deux sans perdre ni l’un ni l’autre ?

Ma réponse :

Plus une chose nous est précieuse et plus elle nous semble précieuse, plus on veut se la sécuriser, se la “garantir”, c’est un réflexe naturel, un instinct de préservation.
Cela peut se traduire par le besoin de définir une relation, de prévisibilité, de réassurance, d’engagement, de contrats etc.
Tout cela c’est une façon de chercher la sécurité à l’extérieur, en contrôlant l’autre, la relation, l’environnement, etc.
Or ce contrôle, ou cette sécurité sont purement illusoires…
On peut perdre son/sa partenaire soudainement, et on peut subir accidents, mensonges, tromperies, trahison, toutes sortes de déceptions, changements, surprises malheureuses, ou tout simplement le désir et ou les sentiments qui s’émoussent.
Ce qui est sûr par contre, c’est que plus les choses sont prévisibles, stables, régulières, moins le désir y trouve sa place.

Le désir ne se déploie que dans la liberté, il n’aime pas la contrainte.

Alors comment faire ?

Le chemin que je propose n’est pas une astuce ou un truc magique, c’est le chemin d’une vie :
Plus j’ai confiance en ma capacité à rebondir ou m’adapter à toute situation, moins j’ai peur de l’inconnu et mieux je suis équipée pour faire face à tous les changements et toutes les surprises.

Beaucoup de sages de toutes les cultures l’ont dit :

«La seule constante c’est l’impermanence des choses.»

Comme l’ont dit des amis, on peut vivre plusieurs couples ou plusieurs relations avec la même personne,
et c’est parfois la meilleure façon de garder le lien.
Avec la même personne on peut être amants, amis, partenaires, soutien selon différentes périodes de la vie.

Au lieu de chercher une sécurité illusoire par le contrôle de ce qui est à l’extérieur de soi, l’idée
est d’avoir confiance en nos capacités de résilience, d’apprentissage, d’adaptation, de créativité.
C’est aussi développer une confiance en soi : en toute circonstance je sais que je suis aimable. Où que j’aille, on va
m’aimer et je vais aimer, car en l’absence de stress, c’est notre notre nature, ainsi que d’être désirable et de désirer.

Avec ce type de confiance intérieure, alors, sans se mettre en danger, on peut prendre des risques : remettre une relation en jeu. Laisser partir, laisser sa liberté à l’autre, et voir s’iel part ou pas, revient ou pas. C’est reconnaître que c’est la condition d’une relation authentique, et qu’on préfère que l’autre soit là par choix, par désir et non par peur de nous perdre, nous blesser
ou par contrainte.
Cela n’empêche pas qu’on puisse avoir envie de s’engager, et que cela nécessite une forme de contrat, comme le contrat
du mariage, ou un contrat d’embauche qui sont régis par la loi et qui peuvent nous protéger de certaines choses dans une certaine mesure, mais aucun contrat ne nous protège de blessures émotionnelles…

Admettons que deux partenaires se sentent en sécurité intérieure et choisissent librement de s’engager ensemble,
parce qu’ayant le choix, c’est ce qui les intéresse le plus : Comment entretenir le désir ?

Quatre axes :

1 Prendre des « risques » ensemble (sans se mettre en danger).
2 Augmenter notre capacité d’émerveillement.
3 Prioriser le risque dans la relation.
4 Cultiver l’inhibition.

1 Prendre des risques ensemble

Prendre des risques ensemble, c’est s’exposer ensemble à de la nouveauté, à de l’inconnu, c’est donc se mettre en situation de vulnérabilité, de « ne pas savoir », de risquer la maladresse, le ridicule, et se montrer avec une certaine candeur ou innocence.
C’est l’occasion d’entraîner nos capacités à l’adaptation, la créativité, d’apprentissage dont nous avons parlé plus haut. C’est donc d’une part sortir de la routine ET en même temps, adopter un comportement qui est un antidote à la routine car on s’habitue à la nouveauté, à l’inconnu et à « sortir de sa zone de confort ».
Il n’y a pas de danger à proprement parler, mais on prend le risque de la vulnérabilité qui est un certain inconfort, un certain déséquilibre et qui crée de la complicité, de l’humilité, et renforce un fonctionnement d’équipe.

Exemples :
Apprendre de nouvelles choses ensemble : cours de danse de couple, être coéquipiers sur un bateau, faire équipe dans un jeu.
Suivre des tuto kink/sexo, tester des scénarios/impros/jeux de rôles etc via des applis ou des cours en ligne.
Faire des jeux/exercices de connexion, de communication, de toucher, de consentement (cf mon livre : 50 exercices de Slow Love et Sex Meditation).

2 Augmenter notre capacité à l’émerveillement

Augmenter notre capacité à l’émerveillement, c’est augmenter notre attention pour voir
la singularité de chaque instant là où en apparence les choses sont « comme d’habitude ».
Puisque le désir aime la nouveauté, le changement, la diversité, le choix etc,
comment trouver tout cela dans ce qui semble être habituel ?
C’est le pouvoir de la méditation, quand on est tellement attentif que chaque respiration peut devenir inoubliable.
Au lieu d’augmenter la stimulation ou la vitesse, ou la pression, augmenter l’attention et la présence.
Cela passe par une pratique méditative régulière, idéalement toujours la même afin de pouvoir l’approfondir
un peu plus à chaque fois et accéder de plus en plus rapidement à un état de flow, c’est-à-dire être
absorbé par ce que l’on observe, en percevoir chaque nuance et donc être émerveillé !

Exemples :
À deux : pratiquer la Méditation Orgasmique, le Slow Sex,
En solo : pratiquer des Méditations Sexuelles, la méditation classique, le temps dans la nature, la contemplation, traverser les moments d’ennui, de « vide » jusqu’à ce qu’on retrouve un foisonnement de créativité, de fascination, d’émerveillement.

Pour approfondir ce sujet, voici deux articles complémentaires :
https://slowsexlovelife.fr/pourquoi-laisser-passer-le-lapin-blanc/
https://www.instagram.com/p/DEx9CtFCBgh/?utm_source=ig_web_copy_link

3 Prioriser le risque dans la relation

Prioriser le risque dans la relation, c’est prendre le risque de perdre l’autre pour ne pas se perdre soi.
C’est tout ce que je ne dis/fais pas de peur d’être jugé·e, ou rejeté·e ou de décevoir.
Car si on ne  dit pas, ou ne faisons pas ces choses sans en avoir parlé avec saon partenaire, on leur montre une version de nous « censurée », qui n’est pas tout à fait vraie ou réelle. On est de moins en moins nous-même.
On crée une version de nous « adaptée » à ce qu’on pense être acceptable pour l’autre.

Cela pose plusieurs problèmes :
– C’est basé sur ce qu’on imagine va déplaire à l’autre et non la réalité de ce qui plaît ou pas à l’autre. On est dans la projection et non dans la réalité.
– On se cache, on se censure, on porte un masque, on s’adapte, la relation commence à être basée sur des mensonges plutôt que sur la vérité.
– On ne peut plus faire l’expérience d’être aimé pour qui on est réellement et on s’enferme dans un rôle qui éclatera forcément un jour ou l’autre, « chassez le naturel… il reviendra au galop ».
– L’amour de l’autre ne nous parvient pas à nous, mais s’arrête à notre masque, c’est frustrant pour les deux partenaires. Et on ne peut pas avoir la surprise d’être aimé et accepté tel qu’on est là où on ne l’aurait pas imaginé.

Et l’avantage, c’est de pouvoir déterminer rapidement si une relation n’est pas viable : si on ne peut être soi-même, si on est pas accepté et aimé tel qu’on est, est-ce sage de rester dans cette relation dans le fond ?

Cela ne signifie pas qu’on doive imposer des choses à l’autre qui ne lui conviennent pas, ça veut dire ne pas présumer à sa place. Cela signifie oser son désir à 100% et négocier avec l’autre jusqu’à trouver une solution 100% désirable pour les deux.
Cela permet d’être 100% soi-même, sincère et honnête et de ne pas partir de l’idée qu’on n’est pas fondamentalement aimable tel qu’on est.

Exemples :
– Garder des espaces de vie sans l’autre, des temps, des activités, des projets sans l’autre. Esther Perel explique que le désir naît dans une certaine distance, quand on peut voir l’autre dans son élément, sans nous et rayonner, être dans son élément, ainsi on peut l’admirer, voir comment iel est apprécié des autres et voir une facette de sa personnalité qu’on ne peut pas voir au quotidien.
– Avoir les conversations difficiles, s’y préparer, les anticiper et les avoir. Ma grand-mère me dit que pendant leur mariage, avec mon grand-père ils ont appliqué « le devoir de s’asseoir », c’est-à-dire que toutes les semaines ils prenaient au moins 1h pour s’asseoir et parler. Parler de ce qui va, de ce qui doit changer, s’améliorer, s’ajuster etc.
– Faire des débriefs avec chaque relation intime,

4 Cultiver l’inhibition

Cultiver l’inhibition c’est se retenir de faire une chose qu’on a envie de faire et qu’on pourrait faire, c’est faire durer l’envie, le désir, ne pas l’assouvir tout de suite, ou pas complètement : un désir assouvit disparaît.

Mon professeur Ken Blackman expliquait le concept du « point d’équilibre », c’est la tension parfaite entre le désir et la satisfaction. Si on réalise un désir dès qu’on le ressent, on a de la satisfaction, et le désir disparaît.

Si on a que du désir et pas de satisfaction, on arrive à de la frustration.

L’idée est de toujours maintenir une part de désir.
Et n’est-ce pas délicieux de se retenir pour sentir le désir de notre partenaire monter et monter jusqu’à ce qu’il-elle nous supplie ? Cela est impossible si on n’inhibe pas sa pulsion, si on ne trouve pas du plaisir à s’installer dans le désir, plutôt que de l’assouvir dès que possible.

Exemples : Finir un repas à 80% de satiété et faire pareil pour les moments d’intimité.

Résister aux envies pour mieux préparer leurs réalisations, c’est préparer la table et cuisiner pour un festin raffiné plutôt que de prendre un encas sur le pouce sans le savourer.

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet qui est développé dans le cours de méditation orgasmique dans le module “L’art de la transition” aussi appelé “peaking”.

Article à affiner avec mille nuances, et à compléter à l’infini !

Emmanuelle Duchesne

Emmanuelle Duchesne est certifiée en PNL et hypnose par Five Changes, et formatrice en Méditation Orgasmique certifiée depuis 2013. Elle souhaite participer au changement de paradigme sur les relations et la sexualité en francophonie pour plus d'intégrité, de liberté, de désir, de plaisir, de respect et de sécurité.