Sortir de nos têtes

« Bon alors je lui souris ? Je lui souris pas ?
Attends si j’y vais maintenant, ça va faire genre je suis en chien.
Merde elle m’a souri. Bon alors heu, je lui parle ?
Et comment je fais moi si je veux lui prendre la main ?
Je la tente comme ça en loucedé ou je lui dis que j’ai envie ?
Rhalala elle est trop bien ! Bon je lui montre pas trop, il ne faut pas qu’elle le voie.
J’ai très envie de l’embrasser, là, maintenant. Non, enfin je ne sais pas. Enfin si. J’ose pas lui demander.
Ha merde je bande. Bon il faut pas qu’elle le sente, c’est pas une invitation et je veux pas qu’elle croie que c’est genre obligé d’en faire un truc. »

A toute personne qui pense que les mecs font sans réfléchir, je répondrai qu’évidemment, c’est faux. On se la prend, la tête. On se la prend même souvent.Le truc, c’est qu’on a pas été élevés à le dire. Nous avons une façade confiante et neutre, et pour le reste on se débrouille. On se dépatouille. En vrai on est un peu dépassés des fois. Beaucoup.

Les avancées féministes, MeToo, les discussions sur la masculinité toxique, c’est bien, mais on en fait quoi ? On a un super guide du « ne pas ». C’est logique, écrabouiller le patriarcat ça commence par dégager les vieux réflexes, les vieilles habitudes.

Je me suis beaucoup posé la question de comment faire maintenant. Ce qu’on attendait de moi. J’ai du faire le bilan d’années de sexualité médiocre et parfois abusive, sans communication ni clarté. Me débarrasser de la honte et assumer mes responsabilités. J’ai eu la chance de trouver des espaces de sécurité pour parler, pour me déposer, pour comprendre.

J’ai aussi compris que je n’étais pas compris, parce que je n’ai pas eu de modèle masculin qui m’encourage à parler, à me dévoiler, à exprimer mes doutes et mes trouilles. A dire simplement « je ne suis pas à l’aise » quand je ne le suis pas. A dire non quand les choses me dépassent. A demander quand je ne sais pas.

J’ai horreur qu’on dise que les mecs sont simples et un peu bêtes. Ils cachent des trésors. A l’intérieur. De sensibilité et d’amour. Nous aussi on peut être attirants. Nous aussi on peut sourire et rouler du cul. Moi aussi je peux être ému quand mon gamin s’est fait mal ou me fait un câlin. Moi aussi je peux pleurer quand je n’en peux plus. Moi aussi je peux dire des mots d’amour.

Ça n’est pas gnangnan. Ça n’est pas être faible. Ça n’est pas être « une chochotte ».Aujourd’hui arrive enfin, petit à petit, la permission. Celle de sortir de nos têtes pour embrasser le monde, et faire voir à nos amies, nos amours, cette humanité qui nous traverse à chaque instant.

On a créé un cours en ligne. C’est le Cours Hommes. Il est fait pour ça. Exactement pour ça.

Ronan

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